Le savoir et la sagesse -2-

- Chapitre 2 -

Ce qu’une tomate peut nous apprendre sur la prise de décision…  

 

 Le chapitre 1 nous a permis d’examiner la différence entre le savoir et la sagesse, illustrée par la maxime :

Le savoir c’est de reconnaître qu’une tomate est un fruit.

La sagesse c’est de ne pas la mettre dans une salade de fruits’.

Nous avons également constaté que la quantité de savoir augmente bien plus rapidement que la sagesse, grâce aux différentes méthodes de communication et de traitement d’informations. Et pourtant, pour faire face aux challenges et difficultés en affaires, les deux sont nécessaires. 
Dans le chapitre 1, nous en avons étudié la signification à partir de la vision stratégique d’une entreprise. Dans ce chapitre, nous étudierons la tâche bien plus fréquente de la prise de décisions opérationnelle.


  Les décisions opérationnelles. Faire bien ce que l’on ne devrait pas faire, est à déconseiller. Mais faire mal ce que l’on devrait faire, n’est guère mieux. Le manager sage sait quelles questions poser, et comment traiter les réponses, dans chacune de ces situations professionnelles:

  • Une situation complexe ; nous devons identifier les différentes préoccupations, fixer les priorités et répartir les responsabilités
  • Une préoccupation inhabituelle. Il faut en trouver la cause pour mettre en œuvre une solution définitive
  • Choisir un mode d’action 
  • Un changement est anticipé, il faut réduire les risques et augmenter les opportunités potentielles

Quelquefois le maillon faible est l’inaccessibilité des informations : faits, données, expérience… c’est-à-dire, le savoir. Le plus souvent il s’agit d’une surabondance d’informations. La difficulté alors est de reconnaître celles qui sont pertinentes et comment les analyser.
Le sage comprend que chacun des cas ci-dessus demande une série de questions et un type d’analyse un peu différent. Ici nous allons examiner le cas « choisir un mode d’action ».

Une bonne décision résulte d’une combinaison appropriée de créativité, de jugement, d’informations, et de l’engagement de ceux qui seront responsables de sa réalisation. 
Ceux qui pensent clairement savent que la séquence est d’importance. L’on ne peut pas commencer une session de créativité, sans avoir un sujet en tête.  Donc la séquence sage est :

 Première étape : avoir un énoncé simple et visible du but de la décision.  Est-ce “choisir l’organigramme optimal du service”, ou plutôt “choisir qui nommer comme chef de la division”? Sommes-nous en train de “définir une nouvelle campagne de pub”, ou plutôt de “choisir comment lancer notre nouveau produit sur le marché”?
Une fois le but clarifié, nous pourrions peut-être lancer notre session de créativité.  Mais la pensée claire, « la réflexion lucide » indiquerait plutôt l’étape suivante…

 Deuxième étape : identifier les critères qui devraient influencer le choix final. Enumérer les objectifs de la décision, ses critères, lesquels décriraient la solution « idéale ». Dans un premier temps, l’ordre de ceux-ci n’a que peu d’importance. Il s’agit simplement du « brainstorming » des objectifs. 
Pour des raisons pratiques, il est rare d’avoir plus de 15 à 20 objectifs. Mais même lorsque la liste est courte, il est peu probable que chaque critère ait la même importance. Donc une étape supplémentaire utile est ici d’identifier si certains des objectifs sont « non-négociables » – c’est-à-dire des IMPERATIFS. Et les autres – les SOUHAITS – sont-ils tous aussi souhaitables les uns par rapport aux autres ? Si non, et ce qui est normalement le cas, il vous faudra les prioriser (notes de 1 à 10 par exemple).

Il est évident que ces étapes demandent une combinaison d’informations pertinentes et de jugement de la part des décideurs. A ce stade, le décideur sage prendra soin de ne pas tenir compte  des informations directement liées aux solutions possibles. Car il est vital que le choix final soit influencé par les objectifs, et non l’inverse.

 Troisième étape : la création de solutions possibles. Relativement facile,  cette étape se limite souvent à dresser la liste des options évidentes. Quelquefois cela demande une vraie session de créativité, pour imaginer un éventail de solutions différentes qui correspondent à l’énoncé du but. Avec tous les moyens de communication disponibles au 21ème siècle, ceci est rarement le maillon faible des analyses.

 Quatrième étape : c’est ici que nous gagnons beaucoup de temps et d’objectivité en ne focalisant que sur les informations pertinentes. Pour chaque option nous voulons d’abord savoir : répond-elle aux IMPERATIFS, (oui ou non) ? Ensuite, pour celles qui passent ce filtre : quelle est leur performance, relative à chaque SOUHAIT ?
Ceci nous permettra d’identifier notre choix provisoire. La ou les options répondant aux IMPERATIFS et ayant la meilleure performance par rapport aux SOUHAITS (surtout les SOUHAITS importants).

 Cinquième étape : ici nous ne regardons que le ou les choix provisoire(s) pour examiner en détail les éléments qui pourraient constituer des risques. A ces informations doit être ajouté notre jugement. Par exemple, nous savons que le composant que nous sommes sur le point de choisir est fabriqué en Bulgarie… Oui et alors ? Le fournisseur préféré risque de recruter un de nos ingénieurs… mais quelle est la probabilité de cela ? Et à quel point cela serait-il grave ?  
 
 
Si la décision est prise en passant par ces cinq étapes, elle a de très fortes chances d’être  la bonne.
De plus, elle sera plus facile à justifier auprès de ceux qui ont la responsabilité d’approuver ou de mettre en œuvre ce choix. La sagesse c’est de bien choisir ce qui est à faire ; la vertu c’est de le faire, et bien.

Tout cela est évident, n’est-ce pas ?  Ce n’est que du bon sens.

Malheureusement les pressions et les contraintes de la vie professionnelle, ainsi que l’énorme disproportion entre les informations disponibles et la sagesse pour les traiter, font que trop souvent ces méthodes ne sont pas appliquées. L’approche devient donc laborieuse et irrationnelle, provoquant des choix qui sont difficiles à justifier, voire même mauvais.


Le prochain chapitre examinera « comment l’excès d’informations et le manque de sagesse engendrent des pièges au moment de résoudre des problèmes… » avec quelques astuces pour éviter la plupart de ces embûches !

A suivre…

Chapitre 3

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